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Krištof Kintera. I AM NOT YOU

11 juin – 28 septembre 2014

Pour sa grande exposition de l’été 2014, le Musée Tinguely présente du 11 juin au 28 septembre Krištof Kintera, artiste né en 1973 à Prague. Conçue en étroite collaboration avec Kintera lui-même, l’exposition entend montrer son œuvre à Bâle de telle manière que la spontanéité, la multiplicité et l’engagement de l’artiste se transmettent aux visiteuses et visiteurs.
Krištof Kintera, Talkingman, 1999 - 2003 Sound, movement mechanism, analog-digital synchronizer, metal construction, latex, clothes, etc. © 2014, Krištof Kintera, photo: Krištof Kintera
Krištof Kintera est publiquement présent dans la ville de Prague avec le mémorial de Jan Pup Bouchal – un activiste-cycliste mort accidentellement – qui se trouve au croisement de deux artères passantes ou le « memento mori » On One’s Own Volition, édifié en 2011 sous le pont nuselsky à la mémoire des individus qui se sont donné la mort à cet endroit-là. Ces deux constructions, créées à l’initiative de l’artiste et de ses amis, illustrent l’approche particulière que Kintera a du monument et de l’utilisation de l’espace public. car l’État et les administrations officielles ne sont pas les seuls autorisés à en décider, mais tout un chacun doit pouvoir s’y manifester et y déployer son sens esthétique et politique.
Krištof Kintera, Spirit Leaving Gravitation, 2013 Polyester,Epoxyt, etc. 185 x 40 x 45 cm © 2014, Krištof Kintera, photo: Krištof Kintera
Krištof Kintera rentre en 1992 à l’Académie des Arts de Prague. cette année-là, soit trois ans après la chute du communisme, le pays qu’on appelait jusque-là encore la Tchécoslovaquie est divisé en deux États indépendants, la république tchèque et la Slovaquie. en 1999, Kintera termine sa formation à l’Académie de Prague, après avoir passé égale- ment des séjours d’études aux États-unis et en grande-Bretagne. Trois années durant, il se consacre intensément aux formes théâtrales et aux performances. Avec Jednotka / Unit, il fait partie depuis 1993 d’un groupe de théâtre avec lequel il monte plusieurs productions, que ce soit en salle (en 2001, il dessine le décor d’une performance non-verbale intitulée Passanger) ou dans la rue (en 2002, des comédiens transformés en Talkmen traversent la ville tels des robots parlants). À cette même époque, de 1999 à 2001, il est cofondateur et directeur artistique du centre multiculturel alternatif UNIVERSAL NOD. Un séjour d’études en 2003 – 2004 à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten d’Amsterdam marque la fin de son travail performatif. L’artiste continue néanmoins de se sentir appelé par l’espace public et l’impact social de ses œuvres. Pour Kintera, l’indifférence est inconcevable. Pendant ses années à l’Académie, il développe son œuvre sculpté et dessiné.
Krištof Kintera, It, 1996 Painted fiber-glass, wheels, cord © 2014, Krištof Kintera, photo: Peter Hudecek
IT (1996) est une sculpture sur roulettes, en forme d’œuf ou de souris d’ordinateur, et rattachée à un cordon par lequel on peut la tirer à travers l’espace d’exposition ou la ville. cette œuvre interactive ne peut qu’amener la personne qui la tire à d’autres interactions ou rencontres avec les passants. une « conversation piece » d’un genre nouveau qui revendique d’être dans l’espace public au même titre qu’un chien ou le jouet d’un enfant.sauf qu’IT est une œuvre d’art…
Krištof Kintera, Revolution, 2005 Electromechanical system, microchip controller, metal construction, polyurethane, clothes, etc. © 2014, Krištof Kintera, photo: Martin Polák
En 1997, Kintera pratique un jeu comparable autour de la question de l’art avec Appliances, des appareils électriques de différentes formes, avec câbles, carton d’emballage, mode d’emploi et maniement ergonomique, mais ne servant strictement à rien. Disposés sur les rayonnages d’un magasin d’électroménager, les appareils ne se remarquent pas ni ne se démarquent. Ils s’insèrent discrètement parmi les sèche-Che- veux, les fers à repasser et les mixeurs. Kintera aborde le monde des marchandises avec une ironie farceuse.


Revolution voit le jour en 2005, après le séjour de Kintera à Amsterdam. Si les Talkmen réalisés entre 1999 et 2003 sous forme de sculptures étaient encore des petits personnages humains de moins d’un mètre de hauteur, immobiles et bavards, la figure de Revolution, identique dans la forme, est en revanche très mobile et se frappe la tête avec véhémence contre le mur. Cette révolution ne dévore pas ses propres enfants, elle se détruit elle-même – et le monde dans lequel elle est.
 
Krištof Kintera, Demon of the Growth, 2012 plastic balls, height 430 cm © 2014, Krištof Kintera, photo: Krištof Kintera
En plus de ses sculptures, Krištof Kintera dessine, crée des peintures, des portraits, photographie, filme et tague. dans ces travaux sur papier – ébauches, notes, remarques, maximes –, des pages de journaux annotées et commentées se mêlent à de delicates dessins de sculptures, des pochoirs ou des paroles estampillées comme « don’t think about money », « you are not me » ou « I don’t want to have problems ». Ces phrases lapidaires désemparent mais ne sont absolument pas banales; sorties du contexte, elles peuvent entraîner vers d’autres champs sémantiques. C’est en rassemblant de tels feuillets que Kintera a conçu le catalogue de l’exposition, produit comme un véritable et somptueux livre d’artiste.
Krištof Kintera, My light is your life – Shiva Samurai (5 KW / 50 HZ), 2009 old lamps, bulbs, cables, electro © 2014, Krištof Kintera, photo: Martin Polák
Lay down and shine (2009) fonctionne un peu comme ces propos laconiques : un réverbère a été tronçonné et allongé à terre dans le parc du musée où il illumine. d’une part, donc, le paradoxe de cet éclairage détruit qui continue d’éclairer – d’autre part, il s’avère que le processus manifeste de destruction contient ici une valeur esthétique ajoutée. Du mobilier urbain devient soudain sculpture et, ainsi, une instance formelle qui se remarque.


My Light is Your Life (model : Shiva Samurai 15kw / 50Hz) est une sculpture que Kintera a conçue en 2009 et qu’il a recréée pour l’exposition au Musée Tinguely. Il s’agit d’une figure faite d’ampoules et de spots lumineux, qui respire, éclaire et produit aussi de la chaleur, tout en semblant coexister avec le bâtiment dans lequel elle se trouve. Lorsqu’elle brille, elle devient partie intégrante de la salle, mais, en même temps, elle lui enlève tellement d’énergie que la sculpture domine le tout. Shiva Samurai est une œuvre presque contemplative...
Krištof Kintera, Bad News, 2011 Sound track, movement mechanism, solenoids, microchip controller, drum, horns, radio, clothes, etc. © 2014, Krištof Kintera, photo: Martin Polák
Bad News (2011) aborde en revanche les choses de façon frontale, que ce soit un problème ou même le « monde entier ». Penchée sur un gros tambour, une figure cornue avec une longue queue qui bouge et vêtue d’un manteau de fourrure noire écoute les nouvelles et de la musique diffusée par une grosse radio. Il n’y a rien de calme ni d’apaisant dans cet agencement – au contraire, c’est toute la misère du monde qui semble se concentrer autour de ce personnage qui, en réaction, cogne du pied contre le tambour et donne des coups de bâton sur les verres à bière vides.

Publication
À l’occasion de l’exposition paraît un catalogue fait de feuillets individuels, assortis de documents et photos provenant de l’atelier de l’artiste ainsi qu’un entretien (en anglais) avec Krištof Kintera, Roland Wetzel, Andres Pardey et le galeriste Jiří Švestka. Chaque exemplaire emballé manuellement en boîte individuelle, vente exclusivement en boutique du Musée Tinguely : 68 CHF, ISBN 978-3-9523990-7-1

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