Black Smoker, 2025
L’exposition Midnight Zone est un voyage sensoriel à travers des régions marines qui paraissent obscures et impénétrables à l’animal humain, comme une réalité semblant inconnaissable. Black Smoker invite le public à pénétrer dans cet espace, en dévoilant les forces énergétiques qui le régissent. Dans une pièce sombre, où l’œil humain peine à s’adapter, l’installation rassemble la présence première des volcans sous-marins, des cheminées hydrothermales, des glissements abyssaux et des courants magmatiques qui surgissent sous des fonds marins considérés jadis comme stériles. Catabase auditive et corporelle, cette œuvre plonge l’individu dans l’univers géologique des profondeurs, des chaînes insondables des canyons sous-marins de Monterey, en Californie, au volcan Axial Seamount qui domine l’abîme au large des côtes de l’Oregon. Elle illustre une rencontre non seulement avec les plaques tectoniques, dont la dérive et les heurts violents façonnent les fondations de notre planète, mais aussi avec des phénomènes acoustiques habituellement restreints à des abysses hors d’atteinte. Depuis les plaines abyssales de la côte d’Oahu ou les sources hydrothermales des îles italiennes de Panarea, Black Smoker fait remonter à la surface ces fréquences basses, souvent imperceptibles, que l’artiste rend perceptibles au moyen d’un système sonore multidimensionnel et tactile.
Pour concevoir cette expérience d’un monde submergé par une pression immense, par l’ombre et une chaleur torride, Julian Charrière a utilisé des enregistrements de terrain réalisés par des hydrophones en eaux profondes, ainsi que des données provenant de stations de surveillance sismique et d’archives scientifiques. Des émanations crépitantes de gaz souterrains aux âpres éruptions de roches ou au magma provenant de caldeiras abyssales, Black Smoker représente une anomalie spatiale, une chambre de résonance sous-marine, où les échelles de temps humaines cèdent à la temporalité de la Terre elle-même, formant une assemblée de voix anciennes qui parlent de la puissance en fusion coulant encore dans les veines rocailleuses de notre planète. En amplifiant ce dialogue, en le combinant à la sonification des données en direct des stations de surveillance en eaux profondes, l’œuvre comble le fossé philosophique qui sépare le monde de la surface de celui sous l’eau, et met au jour un rythme soutenu depuis des millénaires par des sons profonds, invisibles et inaudibles, qui échappent à la perception humaine.
Credits
Programming and Live Data Sonification: Víctor Mazón Gardoqui
Composition and Spatial Sound Design: Felix Deufel
Acknowledgments
The artist would like to thank the many scientists who contributed
invaluable knowledge and support along the way, including
Aaron Micallef and John Ryan (Monterey Bey Aquarium MBARI);
Susan Casey; Shima Abadi, Joe Dubrey, Deborah Kelley, Orest Kwaka,
Bret Nestor and William Wilcock (University of Washington);
Ocean Observatories Initiative and Ocean Networks Canada.