Impasse Ronsin. Meurtre, Amour et Art au cœur de Paris

Jean Tinguely and Claude Lalanne, Impasse Ronsin, approx. 1960 Photo: Joggi Stoecklin, © 2020/2021 Museum Tinguely, Basel

Musée Tinguely, 16 décembre 2020 – 9 mai 2021

Cité d’artistes à nulle autre pareille nichée dans le quartier parisien de Montparnasse, l’impasse Ronsin est à la fois un lieu artistique, de contemplation, de dialogue et de fête, mais aussi un foyer d’innovation, de création et de destruction durant plus d’un siècle. Cette ruelle se distingue par une pluralité d’identités artistiques comprenant non seulement l’avant-garde, mais aussi un large spectre de la création entre autres Constantin Brâncusi, Max Ernst, Marta Minujín, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers jusqu’à André Almo Del Debbio ou Alfred Laliberté. 

Cette exposition muséale est la première que le Musée Tinguely consacrée à l’impasse Ronsin présente plus de 50 artistes à travers plus de 200 oeuvres réalisées dans ce lieu enchanteur. Un parcours d’exposition jalonné de salles-ateliers conçues à partir des plans originaux réserve aux visiteurs et visiteuses bien des surprises en associant de manière inédite oeuvres d’art et anecdotes et en redonnant vie au Paris cosmopolite et creuset artistique.

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De 1886 à 1971, l’impasse Ronsin consiste en une cité d’artistes dans le quartier parisien de Montparnasse. Au début, seule une poignée d’artistes vivent et travaillent dans les maisons situées sur le côté droit de la ruelle. À la fin du XIXe siècle, le sculpteur français Alfred Boucher fait ériger environ 30 ateliers sur le terrain n°11 désormais utilisés par des artistes femmes et hommes du monde entier. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, environ 30 personnes résident et travaillent en permanence dans l’impasse. À la suite de l’agrandissement de l’hôpital Necker voisin, celle-ci ne cesse de perdre des habitants à partir de 1942.

En 1908, un scandale vient ternir la renommée de l’impasse Ronsin lorsque le double meurtre d’un artiste, Adolphe Steinheil, et de sa belle-mère survient dans la maison située au n°8. L’épouse de la victime, sur laquelle se portent les soupçons, est acquittée à l’issue d’un procès spectaculaire. Dix ans plus tôt, celle-ci avait acquis une notoriété douteuse comme maîtresse du président français Félix Faure.

Carte postale avec l’impasse Ronsin fin du XIXe siècle

Carte postale avec l’impasse Ronsin fin du XIXe siècle

Alfred Boucher, Modèle nu dans l’atelier, 1884 (Collection privée)

Alfred Boucher, Modèle nu dans l’atelier, 1884 (Collection privée)

Le sculpteur et peintre Alfred Boucher est l’un des premiers artistes de l’impasse Ronsin. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des artistes en provenance d’Amérique font progressivement leur apparition, à l’instar des «animaliers» américains Eli Harvey ou Alexander Phimister Proctor, du sculpteur mexicain Fidencio Lucano Nava, du peintre canadien Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté ou du sculpteur Alfred Laliberté. Ils confèrent une notoriété internationale à ce lieu de création situé au coeur de Paris.

Reginald Pollack (1924–2001), Untitled, 1948 Oil on canvas, 56 × 41 cm Collection of Pollock Fine Art © the artist or his successors

Reginald Pollack (1924–2001), Untitled, 1948 Oil on canvas, 56 × 41 cm Collection of Pollock Fine Art © the artist or his successors

Constantin Brâncusi est l’artiste le plus éminent de l’impasse Ronsin. Le sculpteur roumain est son résident le plus fidèle : il y habite et travaille de 1916 jusqu’à sa mort en 1957. Les dernières années, il investit cinq ateliers qu’il aménage en les regroupant. Dans ces espaces, il réalise non seulement des oeuvres, mais aussi un monument impérissable consacré à son art et à la cité d’artistes. Une reconstitution de l’atelier de Brâncusi se trouve aujourd’hui devant le Centre Pompidou.

Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération d’artistes américains arrive dans l’impasse Ronsin. De jeunes expressionnistes abstraits, souvent financés par le G.I. Bill, à l’instar de Reginald Pollack ou d’Oscar Chelimsky, animent à la fois la ruelle et la scène artistique parisienne grâce à des galeries autogérées comme la Galerie Huit (1950-52). Avec d’autres artistes établis depuis plus longtemps, à l’exemple de Joseph Lacasse ou Marie-Thérèse Clément, ils marquent durablement la vie de la cité dans les années 1950-1960.

En 1955, Jean Tinguely et sa femme Eva Aeppli s’installent dans l’impasse. En peu de temps, Tinguely noue des contacts avec d’autres artistes de la cité. Avec Claude et François-Xavier Lalanne ainsi que James Metcalf, il achète bientôt un appareil à souder et, dans un véritable moment d’ivresse créatrice, jette les fondements de l’ensemble de son oeuvre: ses reliefs des débuts, ses premières Machines à dessiner (1955) suivies d’une série entière en 1959, ses collaborations avec Yves Klein en 1958, entre autres choses.

James Metcalf, Frustrated Machine, 1960–61 Copper, driven and welded, 84 × 40 × 30 cm Collection particulière, Paris Photo © 2020 Galerie les Yeux Fertiles, Paris © the artist

James Metcalf, Frustrated Machine, 1960–61 Copper, driven and welded, 84 × 40 × 30 cm Collection particulière, Paris Photo © 2020 Galerie les Yeux Fertiles, Paris © the artist

François-Xavier Lalanne assis dans son atelier, approx. 1959 ​​​​​​​Photo: Joggi Stoecklin, © 2020/2021 Museum Tinguely, Basel

François-Xavier Lalanne assis dans son atelier, approx. 1959 Photo: Joggi Stoecklin, © 2020/2021 Museum Tinguely, Basel

Un an après l’arrivée de Tinguely dans l’impasse, James Metcalf s’y installe à son tour. Il y restera jusqu’en 1965. Ce sculpteur américain à la créativité débordante qui a une profonde connaissance des matériaux et des techniques devient une figure majeure en apportant de nouveaux procédés qui inspirent ses amis artistes, parmi lesquels les Lalannes, Jean Tinguely et Larry Rivers arrivé plus tardivement. Claude Lalanne pratique pour la première fois la technique de la galvanoplastie auprès de Metcalf – la main de Jean Tinguely figure
d’ailleurs parmi ses premiers modèles.

Eva Aeppli in the Impasse Ronsin, 1959 Photo: Joggi Stoecklin, © 2020/2021 Museum Tinguely, Basel

Eva Aeppli in the Impasse Ronsin, 1959 Photo: Joggi Stoecklin, © 2020/2021 Museum Tinguely, Basel

La vie dans l’impasse est captu rée en particulier par le jeune photographe bâlois Joggi Stoecklin. En 1955, il suit Eva Aeppli et Jean Tinguely dans l’impasse et y réalise de mul tiples photos des deux artistes, de leurs oeuvres, de leur atelier ainsi que de la colonie jusqu’à la fin des années 1950. Ses clichés retracent cinq années de vie, d’art et de création dans l’impasse du point de vue d’un collocataire – on y voit par exemple Eva Aeppli « tranchant » un chou.

Depuis 1954 et jusqu’à la démolition complète du dernier atelier en 1971, le sculpteur André Almo Del Debbio dirige un atelier où il accueille des étudiant.e.s du monde entier et leur enseigne les di²érentes techniques de la sculpture. À proximité de Constantin
Brâncusi et de James Metcalf se développe un lieu d’études s’apparentant à une maquette de l’image de Paris comme ville d’art.

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely forment un couple depuis 1960. Avec la mise en place des premiers tirs de Niki de Saint Phalle, l’impasse devient le lieu d’actions artistiques. À travers cette action puis d’autres comme la destruction d’un violon par Arman (1961) ou la destruction par le feu de l’oeuvre entier de Marta Minujín (1963), l’impasse Ronsin est perçue comme le lieu fréquenté par l’avant-garde.

L’atelier Del Debbio avec étudiants, 1970 Photo: Jean Fage, Paris

L’atelier Del Debbio avec étudiants, 1970 Photo: Jean Fage, Paris

Durant son existence, le regard sur l’impasse Ronsin est souvent paré de romantisme, ce qui tend à s’accentuer plus tard. L’exposition est consacrée à la diversité de la création artistique dans l’impasse. Des artistes confirmés comme Constantin Brâncusi, Max Ernst,
William N. Copley, Eva Aeppli ou Niki de Saint Phalle y sont représentés, ainsi que des étudiant.e.s de l’atelier Del Debbio et d’autres artistes de la séculaire impasse pour la plupart tombés dans l’oubli aujourd’hui.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Adrian Dannatt et Andres Pardey.

Catalogue
À l’occasion de l’exposition paraît un catalogue, éditions allemand et anglais, prix en boutique ou en ligne : 42 CHF // ISBN 978-3-96900-017-5 (all.), 978-3-96900-018-2 (ang.).

Jeanne Hillairet de Boisferon Ray, Ateliers Impasse Ronsin – allée ateliers Del Debbio, 1969 (collection privée)

Jeanne Hillairet de Boisferon Ray, Ateliers Impasse Ronsin – allée ateliers Del Debbio, 1969 (collection privée)