Leu Art Family. Caresser la peau du ciel
Musée Tinguely, 3 mars – 31 octobre 2021

La famille Leu est mondialement connu dans l’univers du tatouage. Felix et Loretta, durant la fin des années 1960 et les années 1970 en ont fait leur gagne-pain pour courir le monde avec leurs quatre enfants, Ama, Aia, Filip, et Ajja. Toutes ces années de voyage ont été nourris d’une curiosité artistique, et ont donné corps à un cosmos familial, un ciel étoilé dont ils sont les créateurs et les protégés. L’exposition naît de la volonté de montrer ce cosmos à travers les créations artistiques de tous les membres de cette tribu.

THE ARTIST FAMILY – The art of the Leu Family at the Lieu Unique in Nantes (2019)

Film réalisé par Valerio Bariletti et Morgan Bertacca
Produit par Mooz Film et la famille Leu
Tous droits réservés © 2019 Mooz Film / La famille Leu

Construire un monde
Plus près du ciel, plus près de ses pulsations intimes...

J’imagine un ciel, comme celui du Moyen-Âge, sur lequel sont accrochées les étoiles, les signes du Zodiaque, et tous les présages du monde. Une peau tendue dont le monde est le corps, un univers propre dans lequel chacun dessine ses étoiles, trace ses lignes propres vers l’infini. 
L’enfance se construit ainsi: tout d’abord dans le ventre maternel, première enveloppe. Et puis l’enfant, « entré » dans le monde, construit comme une bulle autour de lui, que je me représente comme les limites de sa perception, mais surtout comme la construction de SON monde propre. Je crois que l’enfant grandit ainsi, et son univers aussi bien sûr, jusque vers l’âge de huit, neuf ans, où la bulle éclate alors au nom de la socialisation, de la scolarité, au nom d’une norme, d’une codification, d’usages à tenir. Et puis l’adulte passe sa vie entière perdu en un monde qui n’est pas le sien, à tenter d’échafauder des masques ou des carapaces. Ici l’univers virtuel dans lequel chacun s’évade aujourd’hui est une illusoire échappatoire à cette perte de l’enfance.
Ce n’est pas l’enfance que l’on perd, c’est sa capacité à construire un monde à sa propre mesure, un monde dans lequel on peut créer, grandir, se reposer, accueillir, …
Je rêve chaque jour, quand je regarde mes enfants grandir, de prolonger ce lieu, de les aider à s’en souvenir puisque le canevas dans lequel la société occidentale s’inscrit, les force à se déporter de cette qualité première, se construire un monde.
Lorsque j’ai rencontré la famille Leu, pénétré leurs univers artistiques, j’ai retrouvé précisément toutes ces choses que j’évoquais disparues. Cette famille sait l’importance de construire son univers propre. Ce n’est pas un univers clos, mais une peau: le lieu de tous les échanges, mais aussi le lieu qui contient les corps, qui définit les contours d’une identité. Ce corps-monde, ce corps-Leu, permet à chacun de laisser sa création se déployer. Et c’est ce corps polymorphe, généreux en diable, fort comme une aura qui colore et neutralise la réalité souvent sinistre du quotidien de notre planète, qui est offert au regard le temps de cette exposition, comme une enveloppe quasi amniotique.
Soyez les bienvenus dans le monde de la Art Leu Family…

Jerk Christian, commissaire de l'exposition au Musée Tinguely

Felix Leu, Man with pipe, sans date Encre sur papier, 50 x 40 cm

Filip Leu, Bird in the sky, 2011 Huile sur toile, 80 x 60 cm

Felix Leu, Heavy Black with triangle, undated Encre sur papier, 50 x 40 cm

Ajja Leu, Ram series, Pink, sans date Impression numérique

Filip Leu, Aztec Head Backpiece, 1999 Fusain sur papier, 100 x 70 cm © Geoffreoy Baud